Présentation de Geomungo

Le geomungo

Selon les archives historiques, le geomungo aurait fait son apparition vers l’an 357 dans le royaume de Goguryeo. L’étymologie du terme geomungo, dérivant du mot gamgo : “instrument de Goguryeo” et “instrument sacré”, semble confirmer cette origine, tout comme celle du nom de la cithare gayageum (gayatgo) renvoie au royaume de Gaya.

Dès son invention, le geomungo est réservé aux musiques rituelles de cour et ce n’est qu’au IXe siècle qu’il entre dans l’espace pro- fane. Un texte datant de 1215 ou 1216, Hanrim Byelgok (Chants lyriques des membres de l’Académie royale), mentionne le nom d’un grand joueur de geomungo, Ayang, tan- dis que d’autres textes, du X V e siècle, célè- brent le jeu à la fois « simple et exquis » d’un certain Kim Dae-jeong.

Vers la fin du XVIIIe siècle, la culture de la dynastie Joseon est à son apogée. Le geo- mungo accompagne des ballades chantées alors très en vogue, les gagok, et tient un rôle central dans la musique des lettrés appelée pungnyu et jul pungnyu. Les riches lettrés de cette époque aiment en effet se tenir dans leur cabinet privé (sarangbang) où ils expri- ment à travers l’écriture, la peinture et la pratique du geomungo, les sentiments que leur inspire leur communion avec la nature.

Formés par les plus grands maîtres, ils laisse- ront de nombreuses œuvres pour cet instru- ment.

Parmi tous ces maîtres du geomungo, Baek Nak-jun (1876-1930?) occupe une place très particulière, car outre son rôle d’accompa- gnateur de gagok ou d’interprète de jul pun- gnyu, il élève le geomungo au rang d’instru- ment soliste en créant à la fin du XIXe siècle le premier sanjo de geomungo, s’inspirant en cela de l’œuvre du maître Kim Chang-jo, créateur du sanjo pour cithare gayageum. En travaillant sur les formes d’expression voca- le héritées de son père Baek Seon-dal, Baek Nak-jun développe aussi une technique de jeu qui augmente la puissance de l’instru- ment et élargit son potentiel expressif. Ainsi le geomungo, en acquérant la capacité d’ex- primer la tristesse, sort du cercle étroit des lettrés pour toucher enfin à l’universalité. Par la suite, d’autres musiciens composeront des sanjo de geomungo, préservant ainsi la vitalité de ce genre musical.

Le geomungo est une grande cithare à six cordes en soie. Trois cordes sont équipées de chevalets mobiles anjok, comme le gaya- geum, et les trois autres passent par-dessus 16 grandes frettes gwae. Ces six cordes se nomment muhyeon – gikwaecheong (ou gwoe- hacheong) – gwoesangcheong – daehyeon – yuhyeon – munhyeon. Les cordes extérieures munhyeon et muhyeon sont accordées à la quarte ou à la quinte et les cordes gikwae- cheong et gwoesangcheong à l’unisson et à l’octave de la corde muhyeon. Les cordes dae- hyeon et yuhyeon sont les deux cordes mélo- diques ; elles se distinguent non pas par leur registre mais par leur épaisseur et donc par leur timbre : daehyeon produit des sons riches et brutaux tandis que yuhyeon émet des sons doux et délicats.

L’interprète, assis sur une natte, cale le geomungeo obliquement, une extrémité sur ses jambes, l’autre au sol et, tenant dans sa main droite le suldae, un bâtonnet en bam- bou de 17 cm de longueur, il percute per- pendiculairement les cordes, d’un coup vio- lent, produisant parfois un effet de percus- sion contre la caisse appelé daejeom. De la main gauche, il presse l’une ou l’autre des deux cordes mélodiques dans les espaces situés entre les frettes de manière à en faire varier la hauteur et réaliser des ornements dont l’ambitus peut atteindre la quarte. On peut dire que la main droite fait entendre la voix de l’instrument, tandis que la gauche assure la justesse et l’ornementation, et imite le bruit du vent et de la pluie en frot- tant les cordes contre les frettes.

De tous les instruments de musique coréens, le geomungo est réputé pour son esthétique harmonieuse, la perfection de ses timbres, la variété de ses contrastes, notamment entre le jeu retenu de la corde yuhyeon et la force pleine de gravité de la corde daehyeon, et enfin pour l’énergie explosive que produit le choc du plectre contre les cordes. Ceci lui a valu d’être surnommé le chef des cent musiques.

Le sanjo de geomungo de l’école de Han Gap-deuk

Han Gap-deuk (1919-1987) est né dans une famille de musiciens : son grand-père était l’élève de Kim Chang-jo, l’inventeur du sanjo, et son père était non seulement un célèbre joueur de sanjo de gayageum mais aussi un chanteur de pansori. À 9 ans, il apprend le sanjo de gayageum sous la direc- tion d’An Gi-ok, mais quatre ans plus tard, ayant assisté à un concert de sanjo de geo- mungo par son créateur Baek Nak-jun, il devient l’élève de Bak Seok-gi, l’un des dis- ciples de Baek Nak-jun, et pendant sept années s’initie aux différents genres de musique de geomungo : accompagnement des gagok, suite Yeongsang hoesang et sanjo de geomungo.

Par la suite, devenu un musicien accompli, il développe ses propres versions du sanjo de geomungo, dans un style nouveau et inventif qui va assurer sa renommée. Aujourd’hui, Lee Jae-hwa a pu reconstituer les différentes versions du sanjo de Han Gap-deuk dont l’une, qui dure 80 minutes, est la plus longue du répertoire.

Le sanjo de geomungo de l’école de Han Gap- deuk est apprécié pour sa virtuosité, l’élégan- ce de ses mouvements, l’aisance naturelle de son phrasé mais aussi pour ce style chamarré, éclatant et quelque peu féminin qui lui vient du Jeolla du Sud.